Cuisiner avec le thé, est-ce une grande nouveauté, une nouvelle tendance ou bien une démarche naturelle dans la cuisine gastronomique ?
C’est, en tout cas, une nouvelle tendance en Occident car le thé va naturellement de pair avec la gastronomie. Malheureusement, les Chefs comme les sommeliers n’ont pas été suffisamment formés à son usage. Cela a limité son utilisation. Aujourd’hui, c’est en train de changer car les professionnels ont de plus en plus l’occasion de goûter de grands thés, ce qui les inspire.
Comment avez-vous découvert le thé comme ingrédient ?
Je suis né et j’ai grandi en Inde, plus précisément dans la région du Kerala. Le thé est donc, pour moi, une forme d’art de vivre. J’ai appris très jeune à l’apprécier. Je me souviens bien de la première fois où je l’ai utilisé. C’était à l’école de cuisine. J’ai poché un poisson dans un bouillon au thé et au gingembre. Le résultat n’a pas été très probant. Peut-être parce que je n’étais pas encore un bon cuisinier ? Cependant, je me souviens parfaitement des arômes qui s’échappaient de la casserole pendant que mon plat mijotait. Ils m’ont profondément marqué et j’ai su que je tenterais de nouvelles expériences avec le thé.
Selon vous, pourquoi cuisine et thé font-ils bon ménage ?
Ils sont, tous deux, intimement liés à l’histoire de la gastronomie. Les grandes civilisations asiatiques ont toujours proposé du thé lors des repas. Dans de nombreuses cultures, le thé est un ingrédient et ses feuilles sont utilisées comme des herbes aromatiques. Vert, noir, parfumé avec des fleurs… Sa palette aromatique est immense. Elle est idéale pour des Chefs en quête de créativité.
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Comment utilisez-vous le thé dans vos recettes ?
Malgré mon expérience malheureuse lors de ma formation, j’aime toujours pocher des poissons dans un bouillon au thé, au gingembre et au citron vert. Pas d’inquiétude… J’ai amélioré ma recette et ma technique ! Je frotte également la viande rouge, avant de la rôtir, avec un mélange de thé noir et d’épices. Cela ajoute une petite touche fumée. Les mariages de thés et de citron ou de thés et de fleurs sont, eux, parfaits avec des desserts. Enfin, et c’est peut-être par nostalgie de mon enfance en Inde, j’adore les mélanges de thé noir dans les desserts lactés : un thé noir à la cardamome est parfait avec une crème brûlée ou parfume délicieusement une panna cotta…
Auriez-vous quelques astuces à nous donner pour utiliser le thé en cuisine au quotidien ?
Pour utiliser le thé en cuisine, il faut le préparer comme si on allait le boire. Travaillez-le à basse température. Ne faites jamais bouillir vos fonds et vos soupes au thé. Si vous souhaitez infuser du thé dans du lait, commencez avec du lait froid que vous ferez mijoter. Prenez votre temps ! Utilisez des thés plus légers ou floraux pour cuisiner des poissons ou des légumes et optez pour des thés noirs pour les viandes et les volailles. N’hésitez pas à mélanger thés et épices et testez des infusions ! Enfin, pour les débutants, commencez avec les desserts au thé, plus simples à réaliser, pour aller progressivement vers les poissons qui sont plus délicats à préparer.
Si le thé est utilisé comme ingrédient, il accompagne aussi parfaitement un repas. Préconisez-vous des accords particuliers ?
Thés et mets vont très bien ensemble. J’ai récemment participé à un événement baptisé « Chef’s Social Club », en partenariat avec Palais des Thés. L’objectif pour tous les Chefs présents était de proposer un menu avec des accords thés-mets. Depuis cette expérience, je suis capable de donner quelques conseils aux amateurs : servez plutôt des thés verts légers, floraux ou parfumés au citron, avec des poissons et des légumes. Les thés noirs et forts accompagnent parfaitement le canard, le poulet ou la viande rouge. Pour la touche finale, on choisit des thés aux notes florales ou herbacées qui soulignent les nuances d’un dessert aux fruits de saison.
Un souvenir gastronomique lié au thé ?
Ma première expérience de poisson poché dans le thé reste inoubliable. Mais, je me souviens aussi avec émotion d’une recette que j’ai créée quand je travaillais à l’Île Maurice. J’ai préparé un poisson local en papillote avec des herbes et du thé récolté sur l’île, dans la petite plantation de Bois Chéri. Nous avons servi ce plat à un couple en vacances lors d’un dîner surprise. Au début, ils n’étaient pas convaincus par cette recette. Mais après l’avoir goûtée, ils nous ont dit que c’était le meilleur plat de poisson qu’ils n’aient jamais mangé ! Depuis cette expérience, ce couple a appris à apprécier le thé…