Secrets de fabrication
Si les capacités de production sont plus importantes aujourd’hui, la fabrication d’une théière en fonte demeure artisanale et répond à des étapes et des critères immuables. Elle nécessite de nombreux moules : deux pour le corps, un pour le bec et deux autres pour le couvercle.
L’anse, quant à elle, est forgée directement dans le feu. L’artisan, à l’aide d’une tige métallique, dessine les motifs voulus dans l’argile encore tendre du moule extérieur.
Le métal en fusion, aux alentours de 1300°C, est coulé dans l’espace entre les deux moules (photos 1, 6 et 10). Plus cet espace est étroit, plus la théière est élégante et de qualité. La fonte est un alliage qui se coule facilement et « imprime » donc bien les motifs du moule.
Lire la suite
Elle refroidit dans le moule et la théière est alors d’un beau gris brillant (photos 5 et 9). Pour les théières de très haute qualité, vient alors l’étape où l’on brise le moule, ce qui explique en partie le coût relativement élevé d’un tel objet. L’artisan applique ensuite un vernis alimentaire à l’intérieur de la théière
La théière est ensuite placée dans un four chauffé au charbon qui dégage du monoxyde de carbone : par ce procédé, le feu absorbe l’oxygène de la surface de la théière, qui fonce et devient noire (photo 6). Le vernis alimentaire, sous l’effet de la chaleur, se fige pour devenir permanent.
L’étape finale est la pigmentation qui apporte une patine délicate à l’objet. Par différentes techniques, on colore ou noircit la surface de la théière. Le dosage en pigments et la finesse de pulvérisation sont des secrets bien gardés par chaque fondeur, au même titre que la composition exacte de la fonte employée. Chaque fonderie a ainsi des spécificités bien particulières, jalousement gardées.
On retrouve traditionnellement sur les théières de nombreux symboles, inspirés de la nature et « sculptés » sous la forme de motifs. Arare évoque le givre, Matsuba les aiguilles de pin, Itome le colimaçon, Nami la vague, Sekitei le jardin de pierres... La thématique des saisons est également une source d’inspiration sans cesse renouvelée : Hanami raconte la contemplation des cerisiers en fleurs au printemps ; Momiji-Gari celle des feuilles d’érable à l’automne.
Certains artisans excellent enfin dans la reproduction de fresques sur les parois des théières. Parallèlement à cette production traditionnelle, créer une théière en fonte est devenu un exercice de style indispensable pour tout designer qui se respecte. La matière noble qu’est la fonte et la tradition ancienne de cet artisanat se métissent ainsi de lignes modernes. Dans ses boutiques, Le Palais des Thés se fait le témoin de cet aspect de la création contemporaine japonaise et présente le travail de grands designers comme Hisanori Masuda et, plus récemment, Hisao Iwashimizu.