Au XIIIème siècle, les guerriers samouraïs et les moines commencèrent à préparer et à boire du matcha. Un rituel s’esquisse alors sous la forme du wabi (littéralement, « raffinement sobre et calme »), caractérisée par l'humilité, la contrainte, la simplicité, la profondeur, l'imperfection et l'asymétrie. Au XVIème siècle, le prêtre zen Sen-no Rikyu codifie les rapports entre le thé, le bouddhisme et les différentes écoles de thé, donnant au Cha No Yu, la cérémonie du thé japonaise, sa forme la plus accomplie. Il introduit notamment le concept de ichi-go ichi-e, (« une fois, une rencontre »). Cette conception selon laquelle chaque rencontre est considérée comme un trésor qui ne pourra jamais se reproduire est toujours d’usage au Japon actuellement. La codification de la cérémonie du thé continue d’être enseignée dans les écoles formant les maîtres de thé et ce savoir se passe de génération en génération.
Le matcha est, à plus d’un titre, une spécificité de l’archipel nippon. Au Japon, où les récoltes sont aujourd’hui le plus souvent mécanisées, le matcha est l’un des seuls thés dont la récolte manuelle persiste pour les meilleures qualités. Le matcha fait partie de la catégorie des thés de l’ombre, comme le gyokuro (voir Bruits de Palais 45). Trois semaines avant la récolte, qui a lieu une fois par an au printemps, on prive les théiers de lumière, ce qui permet aux feuilles de développer des propriétés caractéristiques. Cet ombrage, qui filtre 80% à 90% des rayons du soleil, a pour conséquence d’accroître la photosynthèse de la feuille qui prend alors une nuance plus sombre. Le théier, privé de lumière, puise énormément de nutriments par ses racines et les composés aromatiques de ses feuilles sont modifiés ; alors que la proportion de sucres, d’acides aminés et de caféine augmente, les catéchines (type de polyphénols) diminuent. Les feuilles ainsi récoltées subissent, comme bon nombre de thés verts japonais, une torréfaction très particulière, à l'aide de vapeur d'eau. Ce processus, très court, préserve les qualités originelles de la feuille fraîche : les composés aromatiques sont très peu altérés et se retrouvent pour bonne partie dans le thé une fois manufacturé. En cela et du point de vue japonais, l’étuvage est une technique considérée comme plus harmonieuse car plus respectueuse de la nature de la feuille. A la différence du gyokuro, on retire les nervures et les tiges pour ne garder que les feuilles (tencha). Les feuilles, quant à elles, sont passées dans deux meules traditionnellement en pierre. Du temps de passage entre les meules dépend la finesse du matcha produit. Toute cette étape est faite à l’abri de la chaleur, avec un degré d’hygrométrie contrôlé, afin de ne pas noircir ou agglomérer cette poudre si fine. L’opération d’ombrage, le passage du thé entre les deux meules et le résultat obtenu qu’est la finesse de la mouture, sont autant de caractéristiques qui différencient le matcha d’un thé vert réduit en poudre. Le goût du matcha, après toutes ces opérations, est plus fin, plus prononcé et plus végétal que de la poudre de thé vert. La poudre du matcha est aussi plus légère et fragile ; elle doit être conditionnée dans des sachets puis des boîtes métalliques, hermétiques à la lumière, aux odeurs et à l’humidité. Aujourd’hui, ces boîtes sont d’une contenance de 40 grammes, mesure métrique proche de dix monme, ancienne mesure traditionnelle japonaise (soit environ 37,5 grammes). Cette quantité était jugée idéale pour préparer 20 bols de usucha (« thé léger ») ou 10 bols de koïcha (« thé épais »). Les Maîtres de thés commandaient leur thé selon cette mesure. L’usucha est fabriqué à partir de théiers âgés entre 3 et 20 ans. On fabrique le koïcha à partir de théiers de plus de 30 ans (en moyenne, il s’agit de théiers de 70 ans !).