Juger la qualité d'un thé : une appréciation culturelle ?
« Qu’est-ce qu’un bon thé ? » La réponse à cette question intègre une appréciation culturelle et subjective. En effet, le goût pour le thé s’est construit dans les différents pays selon des attentes et des valeurs construites culturellement. Les préférences de chaque pays, plutôt que le recours à un grade, une notation ou la création de labels, ont profondément influencé les critères définissant un thé comme étant de qualité. Chaque pays a en donc une appréciation différente, relative à ses valeurs.
Ainsi, au Japon, un thé de qualité se juge à la puissance de la saveur umami* et à la couleur vert sombre des feuilles de thé en vrac. La diversité de choix aromatiques n’est pas nécessairement recherchée. Les Japonais inscrivent leur rapport au thé dans une recherche de l’harmonie et à un profond respect de la nature. Les techniques de préparation du thé telles que le Senchado ou le Cha No Yu permettent de poursuivre cette recherche jusque dans sa préparation. À l’inverse, en France, notre héritage gastronomique infuse et oriente notre jugement (lire « Vous offrir le meilleur du thé ! » page 14). Un bon thé pour un Français doit avant tout être aromatique, sophistiqué, offrir un équilibre des saveurs, et sans trop d’astringence. Les Anglais apprécient leur thé noir très infusé qu’ils accompagnent d’une pointe de lait. En Inde et au Sri Lanka, on juge la qualité d’un thé à la couleur de son infusion. Elle doit être sombre, sans être troublée. Le thé est ensuite préparé dans de grands contenants. À Taïwan, certains thés peuvent être vendus avant même d’avoir été dégustés, car le critère principal d’un thé de grande qualité réside dans l’altitude à laquelle le théier récolté pousse. On parle de « thé de haute montagne » ou Gao Shan Cha. Pour mettre en valeur la qualité de ces crus, on les infuse de façons successives dans de petits contenants, en sollicitant tous les sens. En Chine et plus particulièrement dans le Yunnan, on cherche avant tout la longueur en bouche, qui apporte une fraîcheur et un côté sucré qui vient révéler la pratique du Gong Fu Cha, une technique de préparation où l’on réinfuse successivement une grande quantité de feuilles pendant quelques secondes.
Ce prisme du goût influence fortement les perceptions et les croyances autour du thé, et il est aujourd’hui difficile d’établir une seule et même classification pertinente pour déterminer la qualité d’un thé. L’important réside plutôt dans la curiosité, et le respect des fondamentaux de la préparation pour profiter à la dégustation, de tout ce que le thé peut nous offrir.